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Faut-il vraiment avoir peur de la pilule contraceptive ?

Dr Geoffroy ROBIN1, Dr Brigitte LETOMBE1, Dr Christine ROUSSET-JABLONSKI1, Pr Sophie CHRISTIN-MAITRE, Pr Israël NISAND2. 1. Membres de la commission Gynécologie Médicale du CNGOF 2. Président du CNGOF

I)    Quest-ce que la pilule contraceptive ?

 

 

Lobjectif de la pilule contraceptive est de permettre aux femmes de réguler leur fertilité et de limiter ainsi le risque de grossesse non prévue avec tout ce que cela peut induireLes pilules contraceptives utilisent de faibles doses d’hormones de synthèse afin d’empêcher lovulation, de limiter les chances d’implantation dun embryon dans l’urus et de limiter le pouvoir fécondant des spermatozoïdes.    Il  existe  ainsi en  France  en  2017  deux types  de  pilules contraceptives dont les canismes d’action et la torance sont relativement différents :

 

-    Les  pilules  oestroprogestatives  minidosées  qui   associent   un   œstrogène   et  un

 

progestatif (dérivé de la progesrone) et qui sont administrées pendant au minimum

 

21 jours/28.

 

 

-    Les pilules microprogestatives à prendre en continu (tous les jours sans interruption entre les plaquettes) qui ne contiennent qu’une faible dose de progestatif.

 

Comme nous allons le démontrer, la pilule contraceptive, qui a été indéniablement un des facteurs majeurs de lémancipation des Femmes au XXème siècle, est aussi une thérapeutique et donc un médicament d’utilisation très courante en Gynécologie.

II) Pilule contraceptive et cancers : faut-il vraiment s’i n qui é te r  ?

 

 

Les risques de cancers liés à la prise  d’une contraception ont été évalués dans le cadre d’études observationnelles (cas - témoin ou de cohorte).

 

a)  Cancer du sein :

 

Concernant la pilule oestroprogestative, la grande majorité des études ne retrouve pas d’augmentation significative du risque de cancer du sein comme cela a été démontré par un groupe d’expert [1]. Une minorité d’études mettent en évidence un discret sur-risque de cancer du sein en cours de prise de contraception estroprogestative (surtout en cas de prise prolongée), avec un risque relatif sit entre 1,2 et 1,6 selon les études [2-4]. Dans ces mêmes études, ce ger sur-risque diminue après larrêt pour rejoindre finalement celui des non utilisatrices de pilule [2, 3].

Les données sont moins nombreuses pour la pilule microprogestative, mais les résultats des études disponibles donnent des conclusions superposables et donc tout aussi rassurantes que celles concernant la pilule oestroprogestative [2, 5].

b)    Ca nc e r  de l ’e ndom è t re  (c a nc e r  de l ’uté rus) :

 

 

Les résultats de toutes les études sont unanimes sur ce sujet : la prise d’une contraception hormonale entrne une réduction significative du risque de cancer de lendomètre de l’ordre de 30 à 50%, avec un effet positif lié à la durée d’utilisation [1, 6].

 

c)    Ca nc e r  de l ’ova i re  :

 

 

Là encore toutes les études sont concordantes et retrouvent une réduction significative du risque de cancer de l’ovaire de l’ordre de 30 à 50%, selon la durée de prise, avec un effet durée [1, 7]. Cette réduction de risque persisterait jusqu’à 30 ans après larrêt.

d)  Autres types de cancers :

 

 

-    Une réduction du risque de cancer du côlon et du rectum de 20% a été retrouvée chez les femmes  ayant   utilisé  une  contraception   orale.   Cet   effet  protecteur  de  la  pilule contraceptive semble sestomper dans les 10 ans après larrêt [1, 8].

-    Une augmentation du risque de cancer du col de l’urus a été décrite chez les utilisatrices de contraception orale, notamment pour les durées de prise prolongées (supérieure à 10 ans) [9]. Un effet des estrogènes sur le potentiel pouvoir cancérigène  du virus HPV a été évoqué. Cependant, de nombreux biais rendent difficile lanalyse de leffet de la contraception orale sur le risque de cancer du col, lexposition à lHPV et l’utilisation de contraception orale nétant pas des facteurs indépendants (les femmes ayant une contraception orale pourraient être plus exposées à ce virus HPV sexuellement transmissible car elles utilisent moins fréquemment le préservatif). Ainsi, il semble biologiquement plausible qu’en labsence d’HPV, leffet des hormones contraceptives sur le risque de cancer du col soit négligeable [1].

 

-    Dans  lensemble,  il  nest  pas  retrouvé  de  modification  significative  des  risques  de mélanome, d’hépatocarcinome, de cancer du poumon [1].

 

Si l’on sintéresse à leffet global de la contraception orale, les grandes études de cohorte s prospectives n’ont pas retrouvé d’augmentation de lincidence des cancers (tous confondus) ou de la mortalité par cancer chez les utilisatrices, confirmant ainsi un rapport bénéfices- risques très favorable concernant le risque carcinologique [9, 10]. Les utilisatrices présenteraient même une réduction significative d’environ 10 % du risque global de cancer [9].

En pratique, en population générale, les données sur les risques carcinologiques font partie de

 

linformation  donnée  à  la  patiente,  mais  ne  vont  pas  modifier  la  prescription  d’une

contraception, les bénéfices en termes contraceptifs restant largement supérieurs aux risques hypothétiques encourus. Le suivi des patientes sous contraception orale reste identique avec recommandation d’un examen clinique mammaire et gynécologique annuel en respectant les âges et fréquences habituels des dépistages.

 

 

 

 

III)       Le risque vasculaire des pilules contraceptives : de quoi parle-t-on ?

 

 

Les pilules oestroprogestatives peuvent en effet augmenter modérément le risque d’accident cardio-vasculaire.  Cette  notion  n’est  pas  nouvelle  puisqu’en  1964  ont  été  rappors  les premiers cas d’accidents thromboemboliques chez 6 femmes ayant pris une des premières pilules composée de mestranol et de noréthynodrel [11]. Ce sont les œstrogènes contenus dans ces pilules qui peuvent favoriser ce type de complication, même si ce risque - nous le verrons

- reste très faible en valeur absolue. Afin de minimiser ce risque thromboembolique, la dose

 

d’oestrogènes a été progressivement diminuée au cours des cinquante dernres années.

 

 

On distingue deux types d’accident cardio-vasculaire dont les mécanismes sont différents :

 

 

1) Pour les accidents vasculaires arriels, (infarctus du myocarde et infarctus cérébral également appelé accident vasculaire cérébral ischémique) ils sont essentiellement dûs aux facteurs de risque de la patiente, à savoir : le tabagisme, lhypertension arrielle, certains types de migraines (migraines avec aura),  les hypercholesromies, le diabète,, l’obésité, lâge (augmentation du risque surtout après 40 ans) et certains facteurs héréditaires (histoire familiale avec antécédents d’accidents vasculaires < 50ans), Si les oestroprogestatifs peuvent  doubler le risque d’accident vasculaire artériel leur fréquence est extrêmement faible dans la population de femmes jeunes en âge de procréer (exemple pour le risque dinfarctus rébral chez les femmes de moins de 30 ans: 6 cas/1 000 000 femmes/an chez les non utilisatrices de pilules versus 15 cas / 1 000 000 utilisatrices de

pilule oestroprogestative/an) [12]. A noter que les pilules actuellement commercialisées en France sont toutes minidosées et  que laugmentation du risque d’accident arriel est identique quel que soit la génération de la pilule [13, 14].

 

2)  Les accidents thromboemboliques veineux (thromboses veineuses profondes ou phbites, embolie pulmonaire…) : Les pilules oestroprogestatives augmentent modérément le risque d’accident thromboembolique veineux, dans une fréquence qui reste encore extrêmement faible chez les patientes jeunes en âge de procréer. Dans une population de femmes de moins de 40 ans qui n’utilise pas de contraception, la fréquence des accidents thromboemboliques veineux varie de 5 à 10 accidents/100 000 femmes par an. Chez les utilisatrices de pilules oestroprogestatives, ce chiffre augmente de 20 à 40 accidents/100

000 utilisatrices par an (soit une fréquence de 0,02% à 0,04% des utilisatrices) selon le type de pilule utilisé [15, 16]. Ce risque thromboembolique veineux est propre à chaque association oestroprogestative et dépendrait à la fois de la dose dœstrogène et de la génération du progestatif associé. Ainsi, certaines associations OP de 3ème  génération minidosées présenteraient le me risque d’accident thromboembolique veineux que les OP de 2ème génération minidosées [17, 18]. Le risque de survenue d’un accident thromboembolique veineux chez des utilisatrices de contraceptifs OP est maximal la 1 ère année de prise et diminuerait ensuite progressivement pour se stabiliser ensuite à partir de la 3ème – 4ème année d’utilisation [19]. Ces accidents thromboemboliques veineux sont très rarement graves. Ainsi, le risque de décès suite à une thrombose veineuse sous pilule oestroprogestative chez les femmes de moins de 45 ans a été estimé à 7,5 décès pour 1 million d’utilisatrice par an (soit 0,0000075% des utilisatrices par an)  [20]. Le risque thromboembolique veineux est là encore essentiellement conditionné par les facteurs de risque préexistants (obési, facteurs héréditaires, tabagisme, âge supérieur à 40 ans …) qui sont là encore pris en compte par les prescripteurs de contraceptifs. Rappelons enfin

que la grossesse et le post-partum ont un impact très nettement supérieur sur le risque thromboembolique veineux (5 fois plus que les oestroprogestatifs) et qu’elles restent les périodes les plus à risque de thrombose chez les femmes de moins de 40 ans : près de la moitié de ces accidents dans cette tranche d’âge surviennent au cours de la grossesse et du post-partum [21].

 

Toutes ces données légitiment indéniablement la nécessité d’une consultation dicale avant toute prescription d’oestroprogestatifs à la recherche de tous les facteurs de risque personnels et familiaux de pathologie thrombotique arrielle ou veineuse [15].

 

 

 

 

 

Un mot enfin pour parler des pilules microprogestatives sans œstrogènes (contenant du désogestrel ou du vonorgestrel) : ces contraceptions n’augmentent ni le risque d’accident thromboembolique veineux [19, 22, 23] ni le risque d’accident thrombotique arriel [14, 24,

25].

 

 

 

 

 

 

IV) Les bénéfices additionnels de la pilule contraceptive

 

 

a)    E ffe t s  sur  l ’hype r  a ndrogé ni e  (a c né ,  pi l osit é  a ndrogé ni que )

 

 

Une contraception oestroprogestative, par son action sur lhypophyse (blocage des sécrétions ovariennes) diminue non seulement la synthèse d’androgènes ovariens mais les estrogènes par voie orale augmentent aussi la synthèse d’une protéine porteuse pgeant les androgènes et inhibant donc davantage leur action virilisante.  Certaines pilules oestroprogestatives  ont par ailleurs des effets différents selon les progestatifs qu’elles contiennent certains étant plus antiandrogéniques que d’autres [26].  Cet effet est bien sûr seulement suspensif et ne dure que durant la prise, certaines femmes pouvant voir bien sûr réapparaitre leur acné à larrêt. Dans le

syndrome des ovaires polykystiques (cause la plus fréquente de troubles de lovulation et d’hyperandrogénie),   la   pilule oestroprogestative  a donc toute sa place, d’autant qu’elle permet de régulariser les cycles menstruels chez ces femmes [27].

 

b)  Effets sur les norragies (règles abondantes)

 

 

Environ 30% des femmes souffrent de norragies qui saggravent souvent  avec lâge et qui

 

- en plus d’un risque d’anémie - altèrent la qualité de vie (en limitant nombre dactivités scolaires, professionnelles, sportives, sociales, sexuelles…) . Une réduction de près de 50% du  flux  menstruel  a  été  constatée  sous  COP  sans  compter  la  possibilité  de  gestion  du calendrier  des  « règles »  sous  contraceptif  hormonal  voir  l’obtention  d’une  anorrhée thérapeutique (prise en continu) [28].

 

c)    E ffe t s sur  l e s dysm é norrhé e s (doul e urs penda nt  l e s rè gl e s)  et  l ’e ndom é t ri ose

 

 

Les dysnorrhées sont liées à la production excessive de prostaglandines qui augmentent la contractilité myométriale. Les pilules oestroprogestatives réduisent la production de prostaglandines   et   on   observe   une   diminution   significative   de   la   prévalence   des dysnorrhées sous pilule [29].

 

En cas d’endométriose les pilules oestroprogestatives représentent un traitement de premre intention dans les douleurs, éventuellement en association avec les anti-inflammatoires non sroïdiens [30]. En cas de persistance de dysnorrhées, on peut proposer un schéma d’administration en continu pour induire une aménorrhée thérapeutique, comme cela est d’ailleurs fortement recommandé dans la conférence de consensus internationale de Montpellier sur la prise en charge de lendométriose et dans les guidelines de lESHRE [30-

32]. De nombreuses études ont par ailleurs montré que le risque de développer une endométriose était réduit chez les femmes en cours d’utilisation dune  pilule oestroprogestative [33, 34]. Après avoir été opéré d’une endométriose, il a été démontla

prescription d’une pilule oestroprogestative en continu dans le but d’obtenir une anorrhée thérapeutique est efficace pour réduire les récidives dendométriomes et de dysnorrhée [35].

 

 

 

d)  Effets sur le syndrome prémenstruel

 

 

Le syndrome prémenstruel est un dérèglement hormonal survenant comme son nom lindique dans  la  semaine  qui  précède  la  survenue  des  règles.  Il  sagit  d’un  trouble  relativement fréquent chez les non utilisatrices de contraception hormonale au cours duquel les oestrogènes naturels vont être « hyperactifs » : ce syndrome occasionne des tensions douloureuses au niveau des seins (mastodynie), un gonflement du bas ventre (congestion pelvienne), et des troubles de l’humeur pouvant parfois être très invalidants. Ce syndrome est également pourvoyeur de dysfonctions sexuelles féminines et notamment de troubles de la libido [36]. Certaines pilules oestroprogestatives, en « lissant » les fluctuations hormonales au cours du cycle spontavont diminuer lintensité et la fréquence de ces troubles chez un grand nombre d’utilisatrices [28].

 

e)  Autres effets bénéfiques des pilules contraceptives :

 

 

Lutilisation de la pilule oestroprogestative pendant au moins 7 années est associée à une diminution significative d’environ 20% du risque de développer une maladie auto-immune grave et potentiellement très invalidante appelée polyarthrite rhumatoïde. Cette diminution est d’autant plus importante que lutilisation de la pilule est prolongée [37].

 

La majorité des études montrent une diminution de risque de développer des pathologies bénignes (cest-à-dire non cancéreuses) du sein comme notamment les fibroadénomes et les mastopathies fibrokystiques lors de la prise d’une pilule contraceptive et cela serait d’autant plus vrai que la prise est longue [38].

Chez les patientes présentant des migraines cataniales, cest-à-dire uniquement pendant la période des règles, l’utilisation de la contraception oestroprogestative induit une diminution très  importante  de  la  fréquence  de  ces  crises,  surtout  d’ailleurs  lorsque  la  pilule  est administrée en continu dans le but d’obtenir une aménorrhée thérapeutique [39].

 

Enfin, lutilisation de la contraception oestroprogestative pourrait avoir un effet préventif sur le risque de développer des fibromes urins (tumeurs bénignes de l’urus pouvant être responsables de douleurs pelviennes, de ménorragies, d’infertilité…) [40].

 

.

 

V) Autres fausses inqutudes et idées reçues sur la pilule contraceptive :

 

 

a.    Ri sque  d’i nfe rti l it é  ?

 

 

 

Depuis toujours, cette question fait l’objet d’angoisses et de fantasmes totalement irrationnels... Les pilules contraceptives étant très faiblement dosées en hormones, leur effet contraceptif est rapidement réversible à larrêt et le retour à la fertilité est donc très r apide [41]. A ce jour, les données de la science sont toutes unanimes sur ce sujet et il n’existe aucune étude méthodologiquement valable qui soit venue contredire cet état de fait.

 

Au-delà de léviction des grossesses non désirées avec réduction de la mortalité maternelle et de leffet bénéfique sur lintervalle entre deux grossesses permettant ainsi une baisse de la morbidité  et  de  la  mortalité  maternelle  et  fœtale  [42],  un  certain  nombre  darguments suggèrent un effet même bénéfique des oestroprogestatifs sur la préservation de la fertilité individuelle (limite le risque de grossesses extra urines et des kystes ovariens fonctionnels et donc les risques de salpingectomie et de torsion de l’ovaire respectivement).

b.  Risque de troubles de la libido ?

 

 

Depuis ces dernres années, il est beaucoup mis en avant que sous pilule oestroprogestative, il pourrait y avoir une baisse de libido qui serait la conséquence d’une baisse de la synthèse de testosrone par les ovaires. Or, une revue de la littérature sur 30 ans ne retrouve pas de profil précis permettant d’affirmer qu’un facteur hormonal ou biologique est déterminant dans ces troubles de la libido décrit chez certaines utilisatrices de pilule contraceptive [43]. En pratique, seul un très faible pourcentage de femmes vont présenter une modification de la libido sous pilule (qui peut diminuer ou voire même augmenter chez certaines patientes) [44, 45]. Pour la majorité des utilisatrices de la pilule contraceptive, leffet sur la libido est donc neutre.

 

Sans contester -  bien au contraire - la part hormonale et biologique de la libido, il est indéniable que le désir sexuel ne peut pas être réduit à ces seuls facteurs et qu’il est fortement influencé par de très nombreux facteurs psychologiques, sociaux, environnementaux, dicaux…

 

c.  Risque de dépression ?

 

 

La dépression est une maladie infiniment complexe et dont l’origine est encore mal comprise. Elle fait appel à de très nombreux facteurs qui interagissent entre eux: génétiques, environnementaux, psychologiques, sociaux… etc.  La revue de littérature la plus récente sinressant au lien entre dépression et utilisation de la pilule contraceptive est très rassurante [46]. Elle conclut que :

-    d’une part les résultats sont contradictoires mais que la majorité des études va dans le sens

 

d’un effet plutôt neutre de la pilule sur le risque de dépression ;

 

-    et que d’autre part la plupart des études qui retrouvent une augmentation de risque de

 

syndrome dépressif chez les utilisatrices de pilules ne prennent pas en compte les facteurs

confondants,   ce   qui   signifie   en   d’autres   termes   qu’elles   ne   sont   donc   pas

 

méthodologiquement fiables

 

 

 

 

d.  Risque de prise de poids sous pilule : une fatalité ?

 

 

 

Là encore, à lire ou écouter les médias, la prise des pilules contraceptives minidosées et microdosées semble associée à une prise inéluctable de poidsSi l’on analyse les études scientifiques  qui  sintéressent  à  cette  problématique,  les  choses  sont  loin  dêtre  aussi simplesLa plus récente ta-analyse sur ce sujet se veut rassurante et conclut à labsence de preuve fiable pour valider le fait que la prise d’une pilule contraceptive puisse provoquer une augmentation de poids [47]. Plus récemment, une équipe de chercheurs américains a suivi un groupe de plus de 4000 femmes utilisant diverses méthodes de contraception et a analysé lévolution du poids en fonction de la méthode de contraception utilisée après une année d’utilisation. Après une année d’utilisation, 26% des utilisatrices de pilule contraceptive avaient pris du poids,  24% d’entre elles en avait perdu et 49% d’entre elles étaient stables. Ce profil d’évolution pondérale était strictement comparable avec celui du groupe des femmes bénéficiant d’une contraception non hormonale par dispositif intra-urin au cuivre. Ainsi, les variations pondérales observées lors de lutilisation des pilules contraceptives ne semblent pas du tout liées à la prise d’hormones [48].

 

Il est néanmoins vrai que la pilule peut induire une petite augmentation transitoire de lappétit chez un faible pourcentage de femmes lors des 1ers mois dutilisation. Cette dernière ne pouvant pas expliquer à elle seule une prise de poids importante, il est donc nécessaire de faire un bilan médical complet pour rechercher une autre cause.

VI) Peut-on  considérer  que  la  pilule  contraceptive  pourrait  même  contribuer  à

 

sauver des vies ?

 

 

Il existe deux études importantes pour les gynécologues mais aussi pour les femmes, publiées en 2012 dans la prestigieuse revue The Lancet [49, 50]. La première étude, réalisée dans 172 pays du monde a inclus des pays développés et des pays en voie de développement [49]. Elle montre que lutilisation de la contraception est susceptible de diminuer la mortalité maternelle. Les données ont été obtenues à partir de la Maternal Mortality Estimation Inter - Agency Group (MMEIG) de lOMS et des données des Nations Unies. Parmi ces 172 pays, l’utilisation de la contraception varie de 3,3% au Tchad à 85,7% en Chine. Létude du Lancet a rapporté que le nombre total de décès maternels était de 342 203 femmes, en 2008. Selon un modèle mathématique, lutilisation de la contraception, tous types de contraception confondus, a permis déviter 272 040 décès maternels, dans ces pays. Cette diminution est essentiellement due à la diminution de grossesses non désirées et de leurs conséquences. De plus, si toutes les femmes de ces différents pays avaient eu acs à la contraception, il aurait été possible d’éviter 104 000 décès par an, soit une réduction suppmentaire de 29%.  Cette étude a de plus montré une corrélation positive entre la prévalence de l’utilisation de la contraception et la réduction de la mortalité maternelle. La deuxième étude a montré que l’utilisation de la contraception a de plus un impact important sur la santé périnatale et la survie des enfants [50]. Les deux études montrent que les avantages de la contraception sont nettement supérieurs à ses risques [49, 50]. En incluant toutes les différentes associations de contraception hormonales et tous les différents modèles de dispositifs intra-utérins, les françaises ont à lheure actuelle la chance d’avoir acs à une cinquantaine de contraceptions différentes [42]. Ne diminuons pas la prescription et/ou l’utilisation de la contraception, sous peine daugmenter le nombre de grossesses non désirées et la mortalité maternelle en France ! Combien  de  femmes  ont  la  notion  quune  grossesse  présente  finalement  un  risque  plus

important  pour  leur  santé  que  la  prise  d’une  pilule  oestroprogestative ?  Interrogez  vos

 

proches

 

 

 

 

 

 

VII)    Oui ! la pilule est un « perturbateur endocrinien » ! Et alors ?

 

 

Un perturbateur endocrinien est défini comme une substance étrangère à l’organisme qui produit des effets adverses (cest-à-dire non physiologiques) sur l’organisme ou sur sa descendance  [51].  Ainsi,  les  hormones de  synthèse  utilisées  dans  la  pilule  peuvent  être considérées en tant que telles comme des perturbateurs endocriniens puisquelles bloquent la fonction ovarienne des femmes, ce qui est bien leffet recherc lorsque l’on prend une pilule contraceptiveMais en réalité, tous les traitements hormonaux répondent à cette définition, y compris par exemple les hormones thyroïdiennes… [52] Pour connaître la toxicité environnementale  de  tout  perturbateur  endocrinien  il  est  important  de  définir  la  « dose toxique » de la molécule et de prendre en compte pour chaque organisme la sensibilité à répondre  aux  effets  délétères  potentiels  de  ce  perturbateur  endocrinien.  Cette  sensibilité propre  à  chaque  individu/organisme  est  probablement  génétiquement  déterminée,  comme l’ont déjà démontré certains modèles en pathologie humaine (exemple de la dysgénésie testiculaire  responsable  d’anomalies  de  migration  des  testicules,  d’infertilité  et d’augmentation du risque de cancer du testicule [53]).

 

Concernant les possibles effets environnementaux des hormones contraceptives contenues dans les urines des utilisatrices, il ny a à ce jour aucune donnée précise.  Même si des progestatifs ont été identifs dans les circuits d’eau courante, ils y sont présents à des taux extrêmement faibles (de l’ordre du ng/litre soit environ 0,000000001g/litre). Enfin, il n’existe à ce jour aucun modèle en pathologie animale ou humaine incriminant les dérivés hormonaux excrétés dans les urines des utilisatrices de pilules contraceptives [52].

 

 

 

VIII)   Conclusion : la pilule contraceptive est donc aussi une thérapeutique et un

 

médicament !

 

 

Alors oui ! et ce nest pas un scoop quoique l’on dise ! La pilule contraceptive est un dicament et comme TOUT dicament elle présente des avantages (très nombreux) et des risques (très rares) mais la balance bénéfices-risques reste très favorable chez limmense majorité des patientes. Les risques sont très faibles chez les patientes nayant aucun facteur de risque de complication et cest aux prescripteurs de la pilule contraceptive que revient le rôle de minimiser ces risques. Or ces bénéfices sont importants à connaitre par les femmes mais aussi par les professionnels de santé, car ce sont souvent ces ajouts qui influenceront la persistance du suivi au-delà de leffet contraceptif : il faut donc non seulement les maîtriser mais aussi les adapter, les expliciter et en faire prendre conscience pour qu’ils stimulent lappropriation de ce mode de contraception.

 

Comme TOUT dicament, il existe une variation de tolérance interindividuelle, cest -à- dire quavec une pilule contraceptive donnée, certaines femmes ne vont présenter aucun effet secondaire, alors que d’autres vont très mal tolérer cette me pilule… Cet état de fait est une réalité  qui  concerne  TOUS  les  dicaments sans  exception  !  et  la  pilule  contraceptive n’échappe pas à la règleAinsi, la pilule contraceptive sera pour certaines femmes une contraception idéale, alors que d’autres femmes ne la toléreront pas et souhaiteront bénéficier d’une  autre  méthode Nous  avons  la  chance  en  France  de  disposer  d’un  éventail  de méthodes contraceptives très variées dont la majorité est prise en charge par lAssurance Maladie permettant ainsi de trouver pour chaque femme la méthode de contraception qui lui convient. Profitons-en ! Et pour répondre à la question du titre : NON ! il ne faut pas avoir peur de la pilule contraceptive !

 

 

 

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