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Plongées répétitives

 Plongées répétitives

Plongées répétitives

 

Nous avons tenté dans les lignes qui vont suivre de résumer la passionnante réflexion présentée dans le N°1 de l’année 2004 de la revue officielle de DAN (cf rubrique consacrée à la présentation de DAN) , connue sous le nom de DAN Europe News (Alert Diver). Le sérieux de cette présentation est cautionné par ses auteurs, les très connus Jon Rogers, Dan Orr, Dan Nord, Peter Bennett, Alessandro Marroni et Frans Cronje.

 

            Une anecdote somme toute banale est présentée en guise de base de réflexion. On décrit en effet le cas d’un homme de 52 ans qui réalise durant une croisière plongée d’une semaine 16 plongées en 5 jours. Il s’agit de plongées à l’air sans palier. Le dernier jour, jour de l’incident, celui-ci avait respecté un intervalle de surface de une heure et demie avec des paliers de sécurité à 4,5 m. La première plongée était de 45 minutes à 21 m et la deuxième de 58 mn à 12 m. Une heure après la sortie de la 2eme plongée ce sujet présenta des picotements puis un engourdissement du coté gauche. Une oxygénothérapie fut mise en route puis une recompression  en caisson qui a permis semble-t-il une récupération totale.

 

            En guise de discussion les auteurs rappellent une fois de plus que trois plongées

 par jour sur une période donnée telle un séjour de vacances sortent forcément des capacités des tables de décompression ou des ordinateurs de plongée qui en sont le prolongement informatique. On préconise de plus dans ce type de période intensive de plongées de faire une pause d’une journée en milieu de semaine. Cette journée de repos permet à l’organisme de se désaturer au niveau des compartiments à période plus longue correspondant à des tissus anatomiques moins bien irrigués comme les os par exemple. Cela est parfoi s mal perçu par les plongeurs qui ne veulent « rien rater » de leur séjour  et faire le plein de plongées ! Personnellement il nous paraît non seulement souhaitable de suivre cette consigne mais aussi agréable d’unir plongées et tourisme en des lieux qui se prêtent volontiers la plus part du temps à des découvertes  fort enrichissantes.

 

            En ce qui concerne le fait d’effectuer 3 ou 4 plongées par jour, cela tient de la plus totale méconnaissance des méthodes de décompression. En effet au-delà de 2 plongées

 par jour les propositions de décompression faite par les tables ou les ordinateurs restent du domaine de l’incertitude et sont proposées à titre indicatif. Il ne s’agit en aucun cas d’offrir au plongeur une sécurité absolue. Comme le dit K Huggins, il n’existe pas de « talisman électronique » en matière de décompression. En clair cela signifie que le bon sens doit toujours primer et qu’une connaissance minimale des phénomènes physiologiques est nécessaire. En aparté il nous paraît légitime de souligner l’intelligente évolution de certains ordinateurs de  plongée, tels ceux présentés par Scubapro-Uwatec, offrant la possibilité de choisir un niveau de sécurité différent selon la présence ou non de facteurs pénalisants tels que âge, état physique, effort, température basse de l’eau etc…Rappelons que cette évolution s’est faite conjointement par DAN et UWATEC en étudiant l’étude des paramètres sur un très grand nombre de plongées (cf rubrique DAN : project safe dive). Cela a permis de faire évoluer les courbes mathématiques et de « coller » le plus possible à la réalité physiologique qui ne pourra cependant jamais être mise en équation . Suite au plus récentes études,  les ordinateurs rallongent légèrement les temps de paliers pour éviter tout problème et mieux gérer les répétitives.

             Revenons justement aux caractéristiques des plongées. Une phrase de Dan Orr a retenu notre attention : « Au vu des études répertoriées, il n’existe aucune raison d’interdire les profils inversés pour la plongée sans décompression et pour des plongées inférieures à 40 m et des différentiels inférieurs à 12 m ». mais celui-ci déclare toutefois qu’il convient à chacun d’adapter son plan de plongée afin de garantir un minimum de risques. Il préconise d’éviter les intervalles de surface trop courts, d’adopter une vitesse de remontée lente avec des arrêts de sécurité, sans oublier la prise en compte des risques supplémentaires éventuels. Froid et déshydratation sont à éviter. Entretenir sa forme physique demeure un atout majeur.

            Dan Nord consacre quelques lignes dans cet article sur l’utilisation intempestive de l’oxygène et rappelle que ce gaz ne doit être administré qu’en cas de signes susceptibles d’évoquer un ADD et que l’utiliser à titre « préventif » sur une simple inquiétude ne peut que retarder la prise en charge d’un réel ADD en masquant les symptômes. Il va de soi que l’oxygénothérapie reste le traitement de choix du plongeur accidenté mais il n’est que le premier pas d’une véritable prise en charge globale qui doit être déclenchée sans hésitation.

            Nous avons évoqué les arrêts de sécurité et la vitesse de remontée. Le facteur le plus important depuis ces dernières années, ayant eu une incidence favorable sur les ADD, c’est le ralentissement de la vitesse de remontée. Dans l’historique de la Plongée l’auteur rappelle les incroyables variations de cette vitesse qui fut de 1 m/mn en 1878, 1,5 à 9m/mn en 1907 avec Haldane, 7,5 m/mn entre 1920 et 1957, 30 m/mn puis 18 m/mn en 1958, 18 m/mn de 1958 à 1993 puis 9 m/mn. Pour mieux comprendre la suite il nous paraît impératif de rappeler quelques éléments primordiaux. L’azote accumulé pendant la plongée se dissout d’autant plus vite et facilement qu’il se trouve dans un tissu anatomique bien irrigué par les vaisseaux sanguins. Ces tissus sont représentés par exemple par le sang lui même, la moelle épinière ou encore le cerveau…On les qualifie de compartiments rapides exprimés avec des mesures en minutes qui représentent le temps spécifique à un compartiment pour être saturé à la moitié de sa capacité totale de saturation par l’azote. L’os par exemple est le tissu lent par excellence puisqu’il est moins vascularisé que les autres tissus. Il lui faut du temps pour accumuler l’azote dissout mais aussi pour s’en débarrasser. Des plongées répétées sur une période donnée aura tendance à saturer ce tissu au fil des plongées et c’est dans ce cas qu’une journée de battement sur un séjour plongée aura son intérêt, pour permettre la désaturation de ces compartiments dit lents (os, cartilages…). Il nous a semblé utile de reproduire le tableau de l’article de DAN News montrant la corrélation temps de plongée et quantités de saturation des différents compartiments (ou tissus).

 

Tissus 5 minutes

dit rapide

 

Tissus 60 minutes

dit lent

5 min

plein à 50 %

 

60 min

plein à 50 %

10 min

plein à 75 %

 

120 min

plein à 75 %

15 min

plein à 87,5 %

 

180 min

plein à 87,5 %

20 min

plein à 93,8 %

 

240 min

plein à 93,8 %

25 min

plein à 97 %

 

300 min

plein à 97 %

30 min

plein à 99 %

 

360 min

plein à 99 %

 

D’après ce tableau on découvre  des variations importantes selon les compartiments c.a.d les tissus anatomiques.

Sur le tableau suivant on étudie les tensions tissulaires des gaz inertes (azote en l’occurrence) pour une plongée de 25 minutes à 30 mètres, ce qui correspond il est vrai à un profil assez classique de plongée sportive.

 

Vitesse de remontée

 

Tension

gazeuse

des tissus

selon

Haldane

 

 

5 min

10 min

20 min

40 min

80 min

18 m/min

 

68

62

45

28

15

6 m/min

 

56

56

44

28

16

18 m/min

3 min à 6 m

 

50

53

42

27

15

5 min à  6 m

 

42

48

40

27

15

3 min à 3 m

 

48

51

41

27

15

5 min à 3 m

 

38

46

39

26

15

 

On constate ici que les tissus (ou compartiments rapides) accumulent la plus grande quantité d’azote et qu’une vitesse de remontée rapide  comme 18 m/min entraîne un taux de saturation élevé de part le manque de temps accordé pour se désaturer correctement lors de cette remontée. La plongée loisir affecte donc davantage les tissus rapides que les tissus lents en occasionnant des taux de sursaturation importants. L’auteur de cet article met en avant l’intérêt d’adopter une vitesse de remontée de 9 m/min et d’ajouter un arrêt « Haldanien » supplémentaire à la profondeur moitié (ici 15 m) de 5 min. Déjà Haldane avait en 1908 émit l’hypothèse de « l’intérêt de remonter assez rapidement jusqu’à  une profondeur équivalente à la mo itié de la pression absolue de leur plongée la plus profonde sans risque présumé de développer la maladie de la décompression (MDD) ».  Une remontée linéaire trop lente s’avérait selon lui génératrice de MDD.

Les théories se succèdent donc et l’évolution vers des paliers profonds supplémentaires semble revêtir un intérêt certain surtout dans les plongées profondes. Lors de l’étude DAN-Uwatec (Project Safe Dive), le professeur Marroni a établi la relation entre la présence de bulles et l’excès  d’azote dans les tissus rapides. Une façon de réduire les risques de MDD est de conserver une marge de sécurité,  de sorte que la quantité d’azote dans le tissu directeur (tissu le plus rapidement saturé) reste inférieure à 80 % d’une valeur pour laquelle on estime qu’il n’y a pas de risque connu (valeur M). Le palier profond peut être une façon de respecter cette valeur de « sécurité ».

Durant  les études DAN-Uwatec 15 plongeurs ont participé à une expérience intéressante  en utilisant différentes combinaisons de vitesses de remontée et de paliers avec des paliers plus ou moins profonds, voire profonds. Le profil des plongées étaient de 25 minutes à 25 mètres, intervalles de surface de 3 heures 30 minutes et plongée répétitive de 20 minutes à 25 m. Ensuite on étudia quel fut le meilleur profil de décompression susceptible de présenter  une tension gazeuse la moins élevée possible. Etudions les tableaux proposés par les auteurs de cette étude.

 

Profil

Prof (m)

Temps (min)

Vitesse de

Remontée m/mn

Arrêt

15 m

Arrêt

6 m

Temps de remon-

-tée total (min)

1

25

25

10

0

0

2,5

1bis

25

20

10

0

0

2,5

2

25

25

3

0

0

8

2 bis

25

20

3

0

0

8

3

25

25

18

0

5

6,5

3  bis

25

20

18

0

5

6,5

4

25

25

10

0

5

7,5

4 bis

25

20

10

0

5

7,5

5

25

25

3

0

5

13

5 bis

25

20

3

0

5

13

6

25

25

10

5

5

12,5

6 bis

25

20

10

5

5

12,5

7

25

25

18

5

5

11,5

7 bis

25

20

18

5

5

11,5

8

25

25

3

5

5

18

8 bis

25

20

3

5

5

18

 

Vitesse de

remontée

Paliers

Saturation

des tissus

de 5 mn

(0-100 %)

Saturation

des tissus

de 10 mn

(0-100 %)

Résultat

bullaire

BSI

Temps total

vers la surface

(minutes)

3 m/min (Profil 2)

Pas de palier

48

75

8.79

8

3 m/min (Profil 5)

6 m/5min

30

60

8.07

13

3 m/min (Profil 8)

15 + 6 m/ 5 min

22

49

3.51

18

10 m/min (Profil 1)

Pas de palier

61

82

7.34

25

10 m/min (Profil 4)

6 m/5min

43

65

5.23

7.5

10 m/min (Profil 6)

15 + 6 m/5 min

25

52

1.76

12.5

18 m/min (Profil 3)

6 m/5min

42

60

7.38

6.5

18 m/min (Profil 7)

15 + 6 m/5 min

28

55

3.23

11.5

 

C’est le profil 6 qui s’avère ici le plus performant avec la tension gazeuse la moins élevée (25% de saturation pour le compartiment de 5 minutes). On retrouve la présence du palier profond dans ce cas de figure.

            L’organisme NAUI préconise un palier de 1 minute à mi-profondeur en plongée sportive et 2 minutes à 5-6 mètres.

            Les recherches et les expérimentations sont en cours par essais successifs de procédures diverses afin de savoir demain comment notre décompression en plongée sportive sera faite.

             Il n’est donc pas question pour l’instant de modifier nos procédures de décompression mais il faut savoir que des évolutions sont possibles et qu’Uwatec en l’occurrence se veut à la pointe des progrès en participant activement à toute recherche utile, en association avec DAN.

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