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J'ai bénéficié d'une reconstruction mammaire immédiate

Annie est infirmière, elle a 54 ans. Il y a deux ans, une tumeur a été diagnostiquée qui a nécessité l’ablation du sein. La reconstruction mammaire a pu être programmée au cours de la même opération.

L’annonce de la tumeur et de l’ablation

« Je venais de me marier quelques mois plus tôt et j’avais laissé un peu traîner la convocation du dépistage du cancer du sein. La mammographie n’a rien révélé, mais, comme j’avais eu l’impression de sentir une petite boule, j’ai fait une échographie. L’échographiste a souhaité que je passe un Doppler, j’ai compris que ça ne présageait rien de bon. »

 

En tant qu’infirmière, Annie est habituée au langage médical. Elle a rapidement pris rendez-vous à l’hôpital pour rencontrer le radiologue. « Il a été catégorique, il fallait que je subisse une mammectomie. Je n’étais pas d’accord, je n’étais pas prête à l’entendre. Le chirurgien qui m’a reçue ensuite s’est montré également implacable. Je n’avais pas le choix selon lui. J’ai martelé que mon corps m’appartenait et que j’étais en droit de choisir. »

 

Annie ne pouvait pas entendre parler de mammectomie.  « J’étais fière de ma poitrine. Elle mettait en valeur ma silhouette et elle était profondément liée à ma féminité. Cette annonce était insupportable. D’ailleurs, à mon avis, le terme amputation est plus parlant qu’ablation. »

 

Sa rencontre avec le cancérologue a été décisive. «  Il m’a reçue pendant près d’une heure. Bien sûr, il m’a dit la même chose, mais il m’a parlé de ma famille, il a évoqué la fin de vie, l’évolution d’une tumeur non soignée. Je savais parfaitement de quoi il parlait grâce à mon métier. Pour lui, j’allais perdre un sein, mais continuer à vivre. Pour moi, les choses n’étaient pas si évidentes. Toutefois, je l’ai écouté. »

 

« J’étais effondrée en annonçant la nouvelle à mon mari et à ma sœur, mais le plus difficile a été,sans aucun doute, de prévenir ma mère. J’ai mis plusieurs semaines à le lui annoncer. Naturellement, elle a eu beaucoup de mal à faire face. Mon mari, lui, a décidé que nous allions nous battre tous les deux. »

 

  « Je pense qu’il est essentiel de se faire accompagner lors des visites à l’hôpital par une amie, son mari ou un proche pour que quelqu’un d’autre écoute différemment. »

 

L’organisation de l’opération

L’opération avait été programmée un mois plus tard, mais Annie avait décidé de modifier la feuille de route habituelle. « Puisque je devais être opérée, j’avais décidé de faire le choix de la reconstruction immédiate. Nous en avions parlé avec le cancérologue. Cette intervention n’était pas réalisée dans l’hôpital où j’étais suivie, mais je savais qu’on la pratiquait dans un autre centre à 200 km de chez moi. J’ai donc préparé mon dossier, qui est passé en comité et qui a été accepté.

 

« Ça a été dur de prendre toutes ces décisions et de m’organiser, alors que j’étais malade, mais je ne le regrette pas. Par rapport à son mari ou à soi, la reconstruction est préférable à une prothèse, quand on peut le faire. »

 

L’opération

« Le jour de l’opération, le 9 octobre 2008, je savais que ma vie allait changer. Une page se tournait malgré la reconstruction, les choses allaient être différentes. Le même jour, j’ai donc subi la mammectomie et la reconstruction. »

 

Annie est restée une dizaine de jours à l’hôpital. De retour chez elle, la fatigue du traitement l’accable, sa vie de couple s’en ressent. « Mon mari a eu du mal à s’y faire. Je ne me sentais pas bien, j’avais mal partout. Au cours de cette première année, nous avons failli nous séparer. »

 

C’est à ce moment-là qu’Annie a décidé de prendre contact avec le psychologue . « Il m’a rapidement accueillie et proposé de participerà un groupe de parole. Je ne pouvais pas accepter que nous nous séparions à cause du cancer. Le fait de pouvoir parler avec d’autres femmes qui avaient subi l’ablation totale du sein m’a fait beaucoup de bien et nous a permis de nous reconstruire en tant que couple. »

 

Grâce à ce soutien, leur amour l’a emporté.

« J’ai eu la chance de ne pas avoir à subir de radiothérapie, ni de chimiothérapie, mais j’ai du être réopérée deux fois en deux ans, car ma prothèse avait bougé, ce qui n’a pas facilité les choses. »

 

« J’ai suivi des séances de kinésithérapie trop rapidement. J’ai peut-être trop forcé. Je pense qu’il vaut mieux prendre plus son temps pour éviter que la prothèse bouge. »

 

Aujourd’hui

« J’ai fait le deuil de mon sein. On le fait dès l’annonce du cancer. Mais on ne peut pas dire qu’une reconstruction remplace un sein. C’est mieux que rien. »


Sévère, Annie sait surtout qu’elle traverse une épreuve qu’elle doit finir par accepter.

« Mon mari trouve cette opération très bien. Il l’accepte finalement mieux que moi. Pour ma part, je considère que mon aspect physique est différent, j’ai également un certain inconfort physique qui me pèse au quotidien. J’ai ralenti la gym et la piscine. Mais je ne désespère pas. Aujourd’hui, ce n’est pas encore derrière moi, mais il arrivera sans doute un jour où je n’y penserai plus quotidiennement. Alors, ce sera derrière moi. »

 

« Mais, même si ce n’est pas idéal, cette opération de reconstruction m’a permis de conserver une silhouette féminine et de remettre des robes d’été à bretelles, des décolletés.»

 

« Je pense que le soutien de la famille et de quelques amis proches est essentiel pour inciter la personne en traitement à sortir, à se changer les idées, à garder le contact avec le monde extérieur. »

 

Centre François Baclesse : centre de lutte contre le cancer de Basse-Normandie.

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