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Liberté d'installation : ingrat corporatiste, toi-même  - Cabinet de cardiologie du Dr Frédéric HURSON - Docvadis

Liberté d'installation : ingrat corporatiste, toi-même

Paris, le samedi 16 mars 2019 – La liberté d’installation des médecins est largement rejetée par les Français. Un sondage réalisé par IPSOS pour la Fédération hospitalière de France (FHF) révèle que 84 % des Français seraient favorables à des dispositions visant à « répartir équitablement les médecins sur le territoire quitte à leur imposer leur lieux d’exercice les premières années ». Parallèlement à ce sondage, notre analyse des contributions postées sur le site ouvert par le gouvernement dans le cadre du Grand débat nous avait permis d’identifier de nombreuses proposition en faveur d’une limitation de la liberté d’installation des médecins par différents biais : taxation, obligation d’installation des jeunes médecins, cartographie pour ajuster les affectations en fonction des besoins territoriaux…

Des élus clairement tentés par la fin de la liberté d’installation

L’ampleur de cette remise en cause de la liberté d’installation des médecins doit être un signal d’alerte selon certains observateurs. Ainsi, Vincent Fromentin responsable du blog La Lettre de Galilée est convaincu que : « la crise des gilets jaunes, d’une manière ou d’une autre, soldera la fin de la liberté d’installation pour les professionnels de santé. L’Etat dispose d’un prétexte tout trouvé pour faire voler en éclat le verrou du principe de 1927 ». Pourtant, pour l’heure, comme il le reconnaît lui-même, le gouvernement multiplie les signes rassurants à l’égard des médecins, rappelant son attachement à la liberté d’installation (même si parallèlement il se montre de plus en plus sévère vis-à-vis de l’exercice isolé). Néanmoins, des initiatives législatives de toutes parts tendant à restreindre la liberté d’installation se multiplient. « Même si les voix officielles, comme celle de la Ministre de la santé, clament leur attachement à la liberté d’installation, la coercition sourdre des débats parlementaires et citoyens. Le mois dernier, Christophe Bouillon, le président de l'association des petites villes de France (APVF) a déploré qu'aucune mesure de régulation ne soit présente dans le texte de loi (la loi de santé qui doit être examinée en séance plénière à partir de la semaine prochaine, ndrl). L'association propose à nouveau une "expérimentation d’une obligation d’exercice en zone sous-dotée en début de carrière à temps plein ou partiel". Pour l'APVF qui a été auditionnée par Thomas Mesnier et Stéphanie Rist (députés LREM et médecins, ndrl), "la seule manière d’assurer une présence médicale dans tous les territoires serait d’instaurer une régulation des modalités d’installation des médecins libéraux en instaurant à titre expérimental un mécanisme de régulation sur le modèle de conventionnement sélectif applicable à l’installation des infirmiers libéraux" » rapporte Vincent Fromentin.

Des comparaisons peu opérantes

Si l’adhésion aux mesures limitant la liberté d’installation ne cesse de prendre de l’ampleur, les arguments sur lesquels cette position politique se base demeurent pour la plupart biaisés, voire irrespectueux vis-à-vis des médecins. Ainsi, très souvent mis en avant, l’exemple des kinésithérapeutes et des infirmiers qui ont accepté une régulation ne paraît pas parfaitement adapté aux médecins, comme le rappelle l’auteur de La Lettre de Galilée qui remarque : « La coercition des infirmiers ou des sages-femmes a été instaurée pour réguler une démographie galopante; ce qui n'est pas le cas des médecins généralistes dont l'exercice est boudé par les jeunes générations… ».

Drôles d’ingrats

Les autres argumentations développées par les élus pour justifier la fin de la liberté d’installation sont le plus souvent moins pertinentes encore, notamment quand ils s’inscrivent dans un discours volontairement polémique. Ainsi, cette semaine, l’exposé des motifs d’un amendement à la loi de santé déposé par plusieurs députés La France Insoumise (et depuis retiré) a suscité de nombreuses réactions outrées de médecins et de futurs médecins, notamment sur Twitter. Dans leur texte, en effet, Caroline Fiat (LFI) et ses collègues écrivaient : « Cette liberté d’installation constitue une forme d’ingratitude corporatiste envers la collectivité » ou encore « la liberté d’installation totale (…) les mène à privilégier leur confort de vie présumé sur leur mission de service public ». Très vite, sur Twitter, derrière le mot dièse #Ingratcorporatiste des internes ont décrit leur quotidien : « Retourner à la clinique à 21 h pour un décès, après 11h de consultations. Se remémorer les 5 années de traitements, d’espoir, de confiance. Raccompagner la famille, qui m’embrasse à la fin. On a tous les yeux humides. Fin de journée d’un ingrat corporatiste » écrit un médecin sur Twitter, quand un autre décrit « Tiens aujourd’hui, l’IngratCorporatiste que je suis va bosser de 8h à 20h. En fait avec l’astreinte en plus, mercredi midi j’aurai bossé 48h ce qui est le maximum légal (…). Mais jeudi et vendredi, je vais bosser aussi ». Au-delà de ces multiples anecdotes parlantes, face au discours des députés, l’interne en médecine auteur du blog Litthérapie s’interroge : « à quel moment avez-vous commencé à penser qu’un argumentaire basé sur l’insulte et le mépris serait pertinent, d’autant plus pour élaborer une politique de santé ? ».

Pas cher payé

Au-delà de ce manque évident de finesse stratégique, le futur médecin blogueur dénonce l’inanité de plusieurs éléments avancés par les députés. Répondant à l’antienne qui se plait à toujours rappeler que les études des médecins sont payées par l’Etat (comme la majorité des autres études d'ailleurs en France) il note qu’il s’est acquitté de ses « droits d’inscription » à la faculté « comme toutes celles et ceux qui, comme certain.e.s d’entre vous l’ont fait, s’inscrivent dans l’enseignement supérieur ». D’une manière générale, on pourra rappeler d’une part que les études universitaires sont gratuites (ou presque) pour tout le monde et qu’en choisissant souvent l’hôpital public, les médecins sont loin d’oublier ce qu’ils pourraient devoir. Plus loin, revenant sur cette question comptable sur laquelle repose l’accusation d’ingratitude, le jeune médecin auteur de Litthérapie relève d’ailleurs qu’un médecin pendant sa formation « rend bien plus à la société que ce qu’elle ne lui donne, lui faisant notamment économiser 80 000 à 120 000 euros pendant son internat » en se référant à des estimations établies notamment par le patron de l’Union française pour une médecine libre (UFML) destinées à rappeler les nombreux services rendus par les internes.

Confort de vie : à voir !

Plus encore que cette manipulation de la réalité tendant à présenter les étudiants en médecine comme des "ingrats", l’auteur de Litthérapie s’insurge contre le rabâche « du mythe du médecin nanti, comptant amoureusement ses billets chaque soir, et ne travaillant que deux heures tous les quatre matins entre deux sessions de golf ». Il rectifie en rappelant la lourdeur des études, tant en terme de charge de travail qu’en ce qui concerne les responsabilités à assumer. Il évoque ainsi « des internes payés de 1300 à 2000 €/mois pendant les 3 à 5 ans de formation où ils assurent le fonctionnement de bien des services hospitaliers qui fermeraient sans eux en moyennant une quantité de travail de l’ordre de 60 à 90h par semaine dans le silence le plus méprisant de toute structure institutionnelle, des taux de suicides, d’anxiété et de dépression qui feraient de France Télécom un très petit joueur, des conditions de travail où peuvent s’enchainer parfois plus de 24h sans interruption pour répondre aux besoins de santé à des degrés d’urgences variables faute d’une politique de santé optimale… Voici le confort de vie que les médecins privilégient déjà pendant leur formation, en vertu de principes d’éthique, de règles déontologiques (donc qu’ils se sont donnés eux-mêmes) et d’intégrité, et ce, pour leurs patients » énumère-t-il poursuivant plus tard : « Le médecin travaille en moyenne 50 h par semaine, dont beaucoup sont perdues dans des actes administratifs lourdingues ou des consultations aux motifs surfaits : arrêt de travail exigé par l’entreprise pour une ou deux journées, certificat à la pratique de l’aqua-pétanque en balle de mousse de compétition, etc.. ». Non seulement le futur médecin paraît considérer comme non pertinente l’idée « d’un confort de vie », mais estime par ailleurs que le médecin a le droit, voire même le devoir, de protéger une certaine qualité d’existence (à l’instar de tous les travailleurs, dont le bien-être au travail est aujourd’hui, légitimement, une préoccupation grandissante). Il rappelle à cet égard : « Oui, le médecin doit être attentif à son confort de vie. Cet engagement déontologique vient d’être ajoutée à la déclaration de Genève ("Je veillerai à ma propre santé, à mon bien-être et au maintien de ma formation afin de prodiguer des soins irréprochables"), sorte de serment d’Hippocrate mis à jour, proposé par l’OMS et déjà prononcé par les nouveaux médecins du monde entier à l’obtention de leur diplôme ». Enfin, ultime remarque concernant la forme employée par les élus de la République pour tenter de revenir sur la liberté d’installation, Litthérapie déplore ce nouvel exemple d’une tentative de dresser les Français les uns contre les autres, de désigner des coupables, d’ériger des clivages.

Les médecins soignent des patients pas des territoires

Mais les critiques contre la solution qu’un nombre croissant de députés considèrent comme légitime ne doivent pas uniquement se limiter à la forme, mais également s’intéresser au fond. Non contente d’être probablement inefficace (parce qu’elle dissuaderait définitivement certains jeunes médecins de choisir ce mode d’exercice), la restriction de la liberté d’installation serait une réponse médicale à un problème qui est loin d’être uniquement et d’abord médical. Vouloir faire croire que la solution est dans la coercition semble relever d’une manœuvre politicienne faisant l’économie d’une véritable réflexion sur les enjeux réels. L’interne auteur de Litthérapie signale ainsi : « Quels principes, quelle humanité, permettent à des êtres humains en charge des décisions politiques, d’imposer dans l’insulte et le mépris à ceux qui soignent d’aller soigner des territoires plutôt que des personnes ? N’envoie-t-on pas plutôt les médecins soigner des fantasmes, instruments d’un électorat potentiel, en jouant la carte des "déserts médicaux"? Parce que la problématique des zones sous-dotées en médecins n’est pas une question de médecine. Non, la "désertification médicale" n’est qu’un symptôme. Le signe d’une urbanisation accélérée, d’une quête de l’emploi qui rencontre plus de succès autour des grandes villes, de familles naissantes qui veulent des écoles, un cinéma, un supermarché et des opportunités de vie modernes, d’une population vieillissante qui s’isole dans l’indifférence générale, et qui, en effet, passé un certain âge et un certain nombre de maladies, demande des soins longs, complexes, et souvent réalisés avec le peu de moyens que la société accepte de mettre en œuvre. Ces "déserts" sont désertés par tout ce qui fait une vie : médecin, écoles, culture, emploi, fonction publique, grandes surfaces, etc. Y poser un médecin ne changera pas la considération ingrate, hypocrite et politique que l’on daigne leur accorder en période électorale ou de clivage social » assène-t-il invitant à une vision bien plus complexe de la notion de "déserts médicaux". Dès lors, le jeune médecin renvoie les députés à leur accusation d’ingratitude.

Des comparaisons opérantes

La violence de la charge des élus a de fait suscité des réactions épidermiques chez beaucoup qui loin de proposer une réflexion construite à l’instar de Litthérapie ont préféré le mépris cinglant comme réponse à l’insulte. Ainsi, le praticien auteur de la bande dessinée à succès Vie de carabin a proposé sur Twitter un petit dessin comparatif mettant en scène un médecin et un député. « Un interne après dix ans d’études travaillera toute sa vie auprès de la mort, la maladie, la précarité », quand un député peut commencer « la politique toute de suite après ses études d’assistante sociale » remarque le dessin. Il constate encore que « les internes sont payés 1 400 euros par mois » quand un député perçoit une rétribution mensuelle minimum de 7 100 euros. De la même manière « un interne doit présenter un casier judiciaire vierge » alors que certains dans l’hémicycle comptent quelques condamnations. Ainsi Sylvie Andrieux « siège à l’assemblée avec son bracelet électronique à la cheville » relève le dessin. Ce dernier se conclut ainsi : « Un interne travaille jour et nuit » et invite : « Je vous laisse taper "député dort" dans google image ».
Si on le voit, la défense des médecins libéraux est assurée pour rappeler l’indigence des arguments déployés contre eux, la multiplication des attaques contre la liberté d’installation et le soutien largement majoritaire de la population à cette limitation peuvent inciter à une certaine circonspection, si ce n’est à l’inquiétude.

En tout état de cause, pour nourrir le débat on pourra relire :
La lettre de Galilée : https://www.lalettredegalilee.fr/grand-debat-national-le-retour-de-la-coercition/
Litthérapie : https://Litthérapie.wordpress.com/2019/03/11/lettre-dun-ingrat-corporatiste/
Vie de Carabin : https://twitter.com/VieDeCarabin/status/1105423203592212480

Aurélie Haroche

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