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Infectiologie

Les 20 questions les plus fréquentes sur l’infection à VIH et le sida

 Pour bien se protéger du VIH, il faut savoir de quoi on parle!

1Qu’est-ce que le VIH?

Le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) est l’agent pathogène qui provoque une infection chronique qui évolue vers le sida, en l’absence de traitement antirétroviral. C’est un rétrovirus (virus à ARN) de la famille des lentivirus. Ses cellules cibles sont notamment les lymphocytes CD4, globules blancs chefs d’orchestres de notre système immunitaire. Le VIH, qui présente une très grande variabilité génétique, se divise en deux types : le VIH-1 et le VIH-2, subdivisés en groupes et sous-groupes.

 

2 Qu’est-ce que le sida?

Le syndrome d’immunodéficience acquise (sida) est la phase tardive de l’infection par le VIH, caractérisée par la perte progressive des défenses immunitaires qui permet le développement de maladies opportunistes.

 

3 Qu’est ce que les antirétroviraux (ARV)?

Ce sont les médicaments utilisés pour traiter l’infection à VIH. Ils contrôlent la réplication du virus en inhibant certaines de ses étapes, limitant la destruction du système immunitaire. En général, un seul ARV ne suffit pas et il faut en associer plusieurs de classes thérapeutiques différentes : on parle de multithérapies.

 

4 Peut-on guérir de l’infection par le VIH?
Non, les traitements actuels permettent uniquement de contrôler la réplication du virus, prévenant ainsi l’évolution de l’infection vers le sida. Ils ne permettent pas de débarrasser le corps du virus, resté « caché » (ou plutôt intégré) dans des cellules réservoirs q ui en libèrent de faibles quantités en permanence et qu’on ne sait pour l’instant pas éradiquer.

 

5 Qu'est ce que la charge virale et le taux de CD4?

Ce sont les principaux marqueurs de l’évolution de la maladie.

Les lymphocytes CD4, « chefs d’orchestre de notre système immunitaire », sont la cible principale du VIH ; leur taux (nombre par mm3 de sang) caractérise l’état immunitaire de la personne.

La charge virale (CV) est le dosage de la quantité de particules virales dans un millilitre de sang et permet d’évaluer l’efficacité du traitement ARV, dont l’objectif principal est de la rendre indétectable (moins de 50 copies/ml).

 

6 En l’absence de traitement, en combien de temps l’infection à VIH évolue-t-elle vers le sida ?

En l’absence de traitement, 80 % des personnes évoluent vers le stade sida en huit à dix ans, 10 % en moins de cinq ans et 10 % en plus de dix ans, tout en finissant par progresser vers la maladie.

Moins de 1 % des patients, les « HIV controllers », contrôlent le virus naturellement, grâce à un système immunitaire très particulier et très performant, encore mal compris : certains ont une charge virale indétectable sans traitement depuis très longtemps (parfois plus de dix ans).

 

 

7 Combien de temps peut on vivre avec le virus VIH?

Depuis 1996, les multithérapies ont permis une baisse très importante de la mortalité. Plusieurs études suggèrent qu’avec une bonne prise en charge, suffisamment précoce, les personnes vivant avec le VIH ont une espérance de vie normale ou quasi normale. En revanche, une prise en charge tardive de l’infection à V IH entraîne le risque d’une espérance de vie plus courte.

 

 

8 À quel moment faut-il démarrer le traitement ?

De plus en plus tôt. Dans les pays industrialisés, on recommande de débuter le  traitement en dessous de 350 CD4/mm3 et de l’envisager entre 350 et 500 CD4. Pour les pays en développement, l’OMS s’est calquée fin 2009 sur ces recommandations et propose un démarrage du traitement dès 350 CD4, même si l’application en pratique n’est pas toujours possible. L’intérêt d’un traitement plus précoce, dès que l’immunité commence à s’affaiblir (moins de 500 CD4) est actuellement discuté.

 

 

9 Comment détecter le VIH?

Le test de dépistage repose sur la dé-tection des anticorps produits par notre organisme (en réaction à l’infection) et/ou sur des marqueurs de la présence du virus lui-même (antigène p24). On estime qu’en France, 40 000 à 50 000 personnes sont séropositives sans le savoir (un tiers des personnes vivant avec le VIH). Améliorer et accroître le dépistage est une priorité pour limiter l’expansion de l’épidémie (les personnes qui connaissent leur statut protègent les autres) et pour permettre aux personnes infectées de commencer le traitement à temps. Trop de personnes découvrent leur séropositivité alors que l’infection est déjà très avancée.

 

 

10 Qu’est ce que la primo-infection?

C’est la phase précoce de l’infection par le VIH, avec des signes cliniques survenant au bout de quinze jours: fièvre, céphalées, asthénie, éruption cutanée, diarrhée, etc., chez la moitié des personnes (elle passe parfois pour une grippe, voire une grippe intestinale!). Pendant la primo-infection, la quantité de virus dan s le sang et les sécrétions sexuelles est souvent extrêmement élevée, alors que la personne ne connaît pas son statut: le risque de transmettre la maladie est alors très élevé. La primo-infection joue un rôle très important dans la dynamique de l’épidémie. Dans certaines populations à forte prévalence, elle peut être à elle seule à l’origine de la moitié des nouvelles contaminations.

 

11 Comment le VIH peut-il se transmettre?

Deux conditions doivent être réunies: un liquide contenant suffisamment de virus pour rendre possible une transmission et une porte d’entrée.

– Ces liquides sont: le sang, le sperme, les sécrétions vaginales, le liquide séminal et le lait maternel.
– Les portes d’entrées sont: les muqueuses, les plaies ou lésions sur la peau.

Dans tous les autres cas, le VIH ne se transmet pas: ni par les larmes, ni par la salive, ni dans les situations de la vie quotidienne, ni par les moustiques. Actuellement, en France, les nouvelles contaminations se font à 99% par voie sexuelle.

 

12 Qu'est ce que les IST?

Comme leur nom l’indique, les infections (ou maladies) sexuellement trans- missibles peuvent se transmettre lors des rapports sexuels. Elles sont causées par des bactéries (la syphilis, la blennorragie, les infections àchlamydia) ou des virus (hépatite B, herpès génital, condylomes [papillomavirus ] ). Passant parfois inaperçues, les IST doivent être dépistées régulièrement. La plupart des IST d’origine bactérienne se traitent aisément. Attention: non traitées, elles peuvent accroître les risques liés au VIH. Elles fragilisent les muqueuses et augmentent la quantité de VIH au niveau génital, spécialement chez les personnes qui ne sont pas sous traitement antirétroviral.

 

 

13 Au niveau mondial, combien de personnes vivent avec le VIH, combien se contaminent, et combien en meurent?

Selon les estimations Onusida-OMS pour 2008, 33,4 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde. 2,7 millions se sont nouvellement infectées (soit 7 400 contaminations par jour) et 2 millions en sont mortes (soit 5500 décès par jour). Les traitements ARV ne sont pas suffisamment disponibles. Fin 2008, seules 4 millions de personnes avaient accès aux ARV, sur les 9,5 millions de personnes qui en avaient un besoin vital. Et beaucoup plus de personnes encore en auraient besoin pour que leur état de santé reste satisfaisant.

 

 

14 Et en France?

On estime que 150 000 personnes vivent avec le VIH dont un tiers ignorent leur statut. Environ 80 000 d’entre elles sont traitées. 7 000 personnes se contaminent chaque année, soit 20 par jour, mais seules 6 500 découvrent leur séropositivité. 1 550 ont développé un sida en 2008, soit près de 5 par jour. Et 360 personnes sont mortes du sida en 2008, soit 1 par jour (sans compter les décès des suites d’autres troubles ou maladies, parfois reliés à l’infection par le VIH).

 

 

15 Qu’est-ce que la résistance du VIH aux ARV?

C’est le phénomène par lequel le virus parvient à se répliquer malgré les traite- ments. Il faut alors changer de molécule. La résistance à certains ARV est due à l’apparition de mutations sélectionnées lors d’une multiplication virale résiduelle, généralement liée à une mauvaise observance du traitement (irrégularité des prises).

 

 

16 Justement, les traitements ARV sont-ils compliqués à prendre et très lourds?
Les ARV récents sont plus simples à prendre et mieux tolérés: les plans de prises se sont largement simplifiés (souvent quelques comprimés à prendre le matin et/ou le soir, parfois même un seul par jour), effets indésirables grandement diminués à court terme et à long terme. La diversité des molécules disponibles permet de s’adapter au profil de chaque personne, en fonction des effets indésirables.

 

 

17 Une personne traitée avec une charge virale indétecta ble peut-elle transmettre le VIH?

Oui, mais plusieurs études suggèrent que si certaines conditions sont réunies (charge virale indétectable depuis six mois, pas d’IST), le risque peut être très faible, de l’ordre de celui qui subsiste lors de l’utilisation d’un préservatif (dont les fabricants expliquent qu’ils ne peuvent pas garantir une protection à 100%). Attention: cela ne veut pas dire qu’il faut abandonner l’utilisation du préservatif en règle générale. En revanche, pour les personnes séropositives et leurs partenaires séronégatifs, savoir que la réduction de la charge virale par le traitement réduit le risque de transmission permet de lever des angoisses et de se réassurer dans la vie de couple ou la sexualité.

 

 

18 L’infection à VIH est-elle une maladie chronique?

Beaucoup de spécialistes du VIH estiment que lorsqu’elle est correctement traitée, l’infection à VIH est devenue une maladie chronique. Une maladie qui n’est cependant pas tout à fait comme les autres, notamment parce qu’elle expose à de nombreuses discriminations. Les molécules actuelles permettent d’avoir des projets de vie divers et durables: travailler, avoir des enfants, voyager, vivre en couple, etc. Comme toute maladie chronique, l’infection à VIH, même traitée, expose à des troubles métaboliques divers et d’ampleur encore mal connue. Et, bien sûr, l’accès aux traitements reste largement insuffisant dans de nombreux pays !

 

19 Où en est la recherche?

En vingt-cinq ans, notre connaissance du VIH et du sida et notre compréhension des déterminants de l’épidémie et de ses conséquences se sont beaucoup améliorées. Elles restent insuffisantes. La recherche se poursuit sur tous les fronts:

– fondamentale : la pathogenèse du VIH, de son cycle de réplication, des mécanismes fins de sa transmission, résistances, cellules réservoirs, etc. ;

– thérapeutique : développement de nouveaux traitements agissant éventuellement sur de nouvelles cibles thérapeutiques, connaissance et diminution des effets indésirables à long terme et des modifications métaboliques induites par la réplication résiduelle du VIH sous traitement efficace, intérêt d’un traitement en primo-infection, moment à partir duquel débuter le traitement, etc. ;

– préventive : recherche et développement de nouveaux outils (candidats vaccins, essais de prophylaxies préexposition) et méthodes (réduction des risques, «test and treat» : extension et promotion du dépistage et mise sous traitement, etc.) ;

– humaine et sociale : conditions et qualité de vie des personnes touchées, perception de l’épidémie et stigmatisation, déterminants individuels, sociaux et collectifs des comportements préventifs, etc.;

– évaluation des stratégies et politiques publiques mises en œuvre.

 

 

20 Quels sont les défis de la lutte en 2010?

Pérenniser et amplifier les énormes progrès réalisés vers l’accès universel aux traitements, aux soins et à la prévention. S’assurer que les pays riches tiennent leurs engagements. Trouver de nouvelles sources de financements et des moyens pour réduire les coûts des ARV et des réactifs de laboratoires. Promouvoir le respect des droits de l’homme qui limitent l’expansion de l’épidémie. Mais aussi amplifier les faibles progrès réalisés contre la stigmatisation et la discrimination des groupes les plus exposés aux risques et des personnes vivant avec le VIH (y compris au sein même de ces groupes).

 

 

[Extrait de: VIH, sida, comment en parler. Sidaction 2010]

 

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