Le site du Docteur Andreas WERNER

Pédiatrie
Conventionnement : Secteur 2
Carte Vitale Acceptée

Jeu du foulard

 Jeux d’évanouissement : prévention primaire et secondaire

Jeux d’évanouissement : place du pédiatre dans la prévention primaire et secondaire


J. LAVAUD

Ancien responsable du SMUR pédiatrique de l’hôpital Necker-EM, président du Comité national de l’enfance

 

Le pédiatre libéral ou hospitalier, mais aussi le médecin scolaire d’une collectivité d’enfants ou de structures médico-sociales peuvent être amenés à dépister un enfant, dès l’âge de 3-4 ans, qui s’adonne à ces pratiques dangereuses tout en en méconnaissant les risques.

Les jeux d’évanouissement et d’asphyxie, quel qu’en soit le mécanisme : apnée volontaire avec ou sans manoeuvre de Valsalva, compression thoracique manuelle ou instrumentale (corde), hyperventilation avec ou sans efforts musculaires violents (25 génuflexions rapides) suivie d’une apnée avec manoeuvre de Valsalva, strangulation du cou manuelle ou instrumentale par un lien quelconque, pendaison… aboutissent tous au même résultat, l’hypoxie cérébrale d’abord, puis l’anoxie. Celles-ci sont secondaires au frein progressif plus ou moins intense, provoqué par les manoeuvres, de la respiration et/ou de la circulation sanguine, veineuse et artérielle, avec des modifications brutales des pressions vasculaires intracérébrales, de la PA systémique (position orthostatique brutale) et des valeurs de la PaO2 et de la PaCO2. Et si l’enfant (préado, ado) connaît ces pratiques, il pense maîtriser la situation et arrêter le déroulement des événements à temps, lorsqu’il s’y adonne seul, c'est-àdire avant la perte de connaissance, car il n’a aucune intention de mourir. Ce qu’il veut, c’est percevoir des sensations fortes, nouvelles, personnelles, fant astiques (hallucinations visuelles, auditives, vertiges, sensation de planer et de déconnexion du monde réel, etc.), tester ses capacités, tenter d’en repousser les limites et éprouver du plaisir. Il faudra une certaine répétition de ces pratiques dangereuses par l’enfant, pour que le pédiatre, averti, puisse penser à des jeux d’évanouissement, notamment aux variantes du jeu du foulard, lors d’une consultation pour divers troubles physiques, généraux, de l’intellect, psychologiques, comportementaux, sociaux, familiaux, ou lors d’une consultation pour un tout autre motif (rappel de vaccination, certificat pour le sport). Mais, un médecin de SMUR doit également s’interroger devant une perte de connaissance prolongée sans cause reconnue initialement, un coma, une crise convulsive avec apyrexie sans antécédent d’épilepsie, un arrêt cardiaque brutal sans cause évidente. Rappelons que l’examen de l’enfant doit être complet, minutieux sur un corps totalement dénudé. Si le pédiatre est conforté dans son hypothèse, il doit d’abord avoir un entretien en dehors de la présence des parents, pour compléter l’interrogatoire et parvenir à une certitude. Il doit lui expliquer les risques physiologiques de ces pratiques, un temps essentiel pour la prévention.

Diagnostic clinique

Quels sont les symptômes diversement présents et/ou associés que le pédiatre peut repérer ?

● Symptômes physiques :

– maux de tête à répétition, même nocturnes, de siège et de durée variables ;
– bourdonnements et sifflements d’oreille (acouphènes), hypoacousie soudaine ;
– nausées, vomissements à répétition sine materia ;
– malaises avec chutes à répétition ;
– troubles visuels : mouches volantes, points noirs, vision floue ;
– joues rouges avec pétéc hies ;
– injection ou hémorragie conjonctivales, pétéchies palpébrales, hématome périorbitaire ;
– traces rouges semi-lunaires au niveau du cou, hématome, ecchymoses, trace(s) du lien utilisé, etc. ;
– mouvements convulsifs uniques ou répétés, crise épileptique ?
– autres troubles fonctionnels : vagues douleurs abdominales, de siège, d’intensité et de durée variables ; impression de jambes lourdes, etc.

● Troubles généraux et de l’intellect :

– fatigue importante et traînante, sans cause reconnue ;
– troubles du sommeil, cauchemars ;
– absences brèves, mais répétées, de la conscience, oublis fréquents ;
– faiblissement brutal des performances scolaires, par défaut de concentration, de compréhension, de l’idéation, de la mémoire récente.

● Troubles comportementaux et psycho-sociaux

L’interrogatoire s’attachera à rechercher des signes devant éveiller des soupçons :

– notion de découverte d’une ceinture (pantalon, judo, robe de chambre, etc.), d’une écharpe, d’un foulard, d’une corde, d’un lien quelconque (fil de fer, lanière de cuir, etc.), que l’enfant garde et veut garder sur lui en permanence (sac à dos), ou qui traîne sans raison à proximité dans sa chambre (oreiller, tiroir, placard, etc.) ;
– port de pull à col roulé en permanence ;
– agressivité soudaine, sans raison apparente, violence physique et/ou verbale ;
– isolement, repli sur soi ;
– questions posées par l’enfant à son entourage (parents, éducateurs, tiers, etc.) sur les effets et les conséquences d’une compression du cou ou du thorax… « Pour savoir… Comme ça !! » Si le praticien a repéré un ou plusieurs de ces signes et anomalies, une pratique dangereuse est fortement suspectée ; il doit alors avoir un entretien seul à seul avec l’enfant et obtenir rapidement son adhésion, sa confiance ; il n’y aura pas de sanction. Il faut laisser l’enfant s’exprimer librement en orientant intelligemment l’interrogatoire, qui ne doit pas être intrusif. L’écoute doit être bienveillante, et l’enfant ne veut rien dire, ne pas le forcer, mais le revoir rapidement dans les mêmes conditions.

Si le praticien a repéré une pratique dangereuse, il doit alors avoir un entretien seul à seul avec l’enfant.

Après la découverte, expliquer

Si l’enfant rapporte la ou les pratiques dangereuses auxquelles il s’adonne, en groupe avec des copains et parfois seul à l’insu de tous et à l’abri de regards indiscrets, le pédiatre doit alors expliquer de façon très simple et schématique en quelques notions physiologiques, la respiration, la circulation sanguine (veineuse et artérielle), l’oxygénation. Les cellules cérébrales ne peuvent fonctionner correctement que si elles reçoivent en permanence de l’oxygène ; il n’y a pas de stock possible. Leur fonctionnement entraîne la fabrication de déchets, dont le gaz carbonique (CO2), qui doit absolument être évacué par les poumons.

Alors, que deviennent ces cellules cérébrales (donc le cerveau), si on entrave la circulation de l’O2 et/ou du CO2 par la compression des gros vaisseaux du cou ou des voies respiratoires, une apnée volontaire, la compression du larynx ou des poumons, sans oublier la mise en jeu des voies réflexes très réactogènes (glomus carotidiens, plexus solaire, etc.) qui peuvent déclencher ou favoriser un arrêt cardiaque réflexe ?

L’information sur les conséquences de ces pratiques dangereuses est donc capitale, en partant de la physiologie du corps humain et en adaptant son discours à l’âge de l’enfant et à son niveau de c ompréhension.

Les parents doivent être immédiatement informés et avertis des symptômes de reconnaissance. retardée.

http://www.jim.fr/fmc/mise_au_point/e-docs/00/01/F7/F7/media_encadre.jpg

Plus que la notion de mort ou de séquelles, il faut insister sur les handicaps possibles, en prenant des exemples auxquels il a pu être confronté : enfant en fauteuil roulant, paralysé (Téléthon), aveugle, sourd, ou privé de relation physique, sensorielle, affective avec son entourage (encéphalopathie plus ou moins profonde). Il ne faut pas en rester là. Les parents doivent être immédiatement informés et avertis des symptômes de reconnaissance. Tant que l’information n’a pu être délivrée com-plètement et que l’enfant n’aura pas pris toute la mesure des conséquences possibles de la pratique dangereuse, les parents devront être très vigilants et redoubler d’attention et de surveillance de leur enfant. Il faut aussi transmettre l’alerte au milieu éducatif pour décider des actions à mener sans tarder ; certaines sont urgentes (information du corps enseignant, médico-social, administratif et de surveillance de l’établissement, puis des parents d’élèves, enfin des élèves, etc.). Il faut s’aider de tous les supports existants (dépliants, affiches, jeuxvidéos en fonction des groupes d’âge, films, CD-Rom, etc.). Le site éduscol de l’Éducation nationale ( http://eduscol.education.fr ) comprend la mise en ligne d’un petit document publié en 2007 sur « Les jeux dangereux et les pratiques violentes - Prévenir, intervenir, agir » à l’intention des chefs d’établisseme nt pour les guider dans leur information et leur prise de décisions. À noter que les recteurs d’académies ont par ailleurs reçu plusieurs circulaires sur ce sujet de la part des différents ministres de l’Éducation nationale depuis l’an 2000. Quant au pédiatre, comme tout médecin, il doit savoir effectuer correctement les gestes de premiers secours et entretenir régulièrement ses acquis : PLS, désobstruction des VAS, bouche à bouche, MCE.

Pour conclure, le pédiatre doit s’impliquer dans des actions d’information, pour prévenir ces pratiques dangereuses et leurs douloureuses et graves conséquences, selon son mode d’exercice, dans son cabinet (brochures, affiches, vidéo, entretien), aux urgences hospitalières et dans un service de pédiatrie générale ou de spécialité (neuropédiatrie, neurochirurgie, orthopédie, réanimation, etc.) où il travaille, mais aussi lors de réunions d’information et de discussions organisées dans les établissements scolaires, les structures médico-sociales, les milieux éducatifs et de loisirs, au sein d’associations de quartier(s) ou à la demande d’une municipalité, d’un conseil général.

• Romano H. Conduites dangereuses et « jeux » dangereux à l’école. Psychiatrie de l’enfant 2009 ; LII(1) : 247-63.
• Jeux dangereux et les pratiques violentes – prévenir, intervenir, agir. Brochure du ministère de l’Éducation nationale, 2007. Téléchargeable sur le site :  http://eduscol.education.fr
• Cochet F et al. In : Monographie « Jeu du foulard et autres jeux d’évanouissement » - 1er Congrès international, 3-4 décembre 2009. Ed. L’Harmattan 2010, 183 p.

Cabinet de Pédiatrie du Docteur Werner

4 rue de la Laune , 30400 Villeneuve Les Avignon, France

Contacts

Téléphone : 04 90 25 36 86
Fax : 04 90 25 61 64

Plus d'informations (Accès, Horaire...)

Documents similaires

Ce site n'a pas pour vocation de remplacer une consultation médicale